Témoignage de Joseph Oger : histoire du mouvement syndical aux Forges de l'Adour de 1907 à 1920 (suite)
"Pendant ce temps les ouvriers des Forges rallient de plus en plus nombreux le syndicat des Métaux, où régnait une grande agitation, les réunions se multipliaient avec comme premier point à l'ordre du jour, l'obtention de la journée de 8 heures, la semaine de 48 heures, la suppression des 24 heures.
A ces réunions participaient activement les Viro, Gaye, Pereyre, Maurin, Darricarrère, les frères Perrin, Richard, Marcel Cazade.
Ils se dépensaient sans compter en attendant le retour des combattants qui s'étaient battus pendant cinquante deux mois sur tous les fronts de terre et de mer.
Le 25 avril 1919, les députés votèrent la loi de 8 heures, la semaine de 48 heures, la suppression des 24 heures. C'était gagné sur le papier, il fallait continuer la lutte pour appliquer la loi sur les lieux de travail.
Depuis le début de son retour dans les milieux paysans du Bas-Adour, Viro avait bénéficié du concours d'un nommé "Miremont" métayer à Saubrigues, il jouissait d'une grande estime non seulement dans sa commune, mais aussi dans les communes voisines, il s'était avéré bon organisateur car si Viro faisait les discours, Miremont lui, organisait les réunions avec le concours d'hommes dévoués. (...)
Les ouvriers avaient obtenu la journée de 8 heures, mais pour eux travailleurs de la terre rien n'avait changé par rapport à leur ancien mode de vie.
La paix ne changeait rien à leur ancienne situation d'avant guerre.
Avec des délégations de métayers, ils préparèrent un cahier de revendications avec date d'entrée en application le 11 novembre 1919.
Les propriétaires le reçurent sous forme de lettre individuelle à laquelle ils étaient priés d'accuser réception.
Cette lettre est restée sans réponse, les propriétaires s'accrochaient aux privilèges ancestraux. Ce mutisme des propriétaires déclencha une vague de protestations chez les métayers qui, en certains endroits, prit un caractère d'une véritable "Jacquerie", des meules de foin, de paille, des granges furent incendiées; interdiction fut donnée aux boulangers de livrer du pain aux propriétaires et aux métayers non syndiqués. D'importants rassemblements eurent lieu à Saint Vincent de Tyrosse, Saubrigues, Saint Martin de Hinx, Sainte Marie de Gosse, Saint André de Seignanx, Saint Martin de Seignanx etc...
Les paysans s'y rendaient en groupes clairons en tête. Ces rassemblements bénéficiaient du concours des militants nouvellement démobilisés : Garrabé, Luc, Désarménien Joseph, Darjo, Ortet, Lafaurie, Hargous, Desquerre Joseph, Artigouha Jean etc... du syndicat des Forges de l'Adour.
En ce début d'année 1920, une agitation intense régnait dans les communes du Bas Adour à laquelle participaient activement les militants de Boucau Tarnos, les propriétaires prirent peur et firent appel aux pouvoirs publics pour assurer leur protection.
Dans de nombreuses communes, campaient les gendarmes à cheval, les dragons de Libourne, les soldats du 49ème régiment d'Infanterie en garnison à Bayonne. Mais ce qui fit monter la fièvre parmi les paysans, ce fut l'arrivée des Tirailleurs Sénégalais encasernés à Mont de Marsan. De nombreux propriétaires furent consignés chez eux avec interdiction d'en sortir, leurs maisons étaient placées sous la surveillance de groupes de paysans armés qui se relayaient toutes les 4 heures.
Dans les rassemblements, on entendait les chants révolutionnaires mais lorsque les paysans défilaient devant les militaires on entendait souvent la chanson que les vignerons du midi en grève en 1907 clamèrent à tous les vents et surtout en marchant en file devant les troupes du 17ème régiment d'Infanterie stationné à Narbonne.
Pendant des décennies elle fut adoptée par les travailleurs français en voici un abrégé :
"Salut, salut à vous, brave soldat du 17ème
Salut, salut à vous chacun vous admire et vous aime
Salut, salut à vous, à votre geste magnifique
Vous auriez en tirant sur nous, assassiné la République"...
à suivre...