Témoignage de Joseph Oger : histoire du mouvement syndical aux Forges de l'Adour de 1907 à 1920 (suite)

Publié le par adolphine

"La classe 1914, à laquelle j'appartenais, fut mobilisée vers le 20 août 1914, je fus incorporé dans la marine de guerre et me voilà parti pour cinq ans !

A ce moment là, les Forges de l'Adour fonctionnaient au ralenti, les soldats de toutes les classes, jusque y compris ceux de l'armée territoriale étaient mobilisés.

Après 3 ans de campagne en mer occupés à chasser les sous-marins et les corsaires allemands sur le Croiseur Cuirassé "Pothuau", à notre retour en France, j'obtins 21 jours de permission, j'arrivais à Tarnos dans les premiers jours d'octobre 1917. Le lendemain matin un voisin Laurent Lavigne qui travaillait au four à coke à l'usine des Forges me dit : "Aujourd'hui, il y a la grève à l'usine, il y a rassemblement à 14 heures cet après-midi à la grande porte de l'usine et nous allons défiler dans toutes les rues du Boucau".

A 13h30, j'étais au rendez-vous, j'ai retrouvé de nombreux camarades qui avaient été mobilisés pour l'armée, mais ensuite réquisitionnés pour travailler à l'usine, il y avait beaucoup de monde et surtout de nombreuses femmes, je fus surpris de trouver une pareille affluence. La guerre avait donc produit cette immense évolution dans les esprits des travailleurs des Forges de l'Adour, ils étaient conscients de leur force, ils en étaient arrivés à lancer une grève en pleine guerre alors que l'armée sur le front réclamait des canons et des munitions à corps et à cris, les chefs syndicalistes relevaient du Conseil de Guerre.

Photo1-oeuvres-sociales.jpg

Malgré toutes ces mesures, ils avaient mis bas l'ouvrage pour réclamer des améliorations de salaire; mais en même temps la lutte était menée contre la guerre. Je pris contact avec les militants organisateurs de la manifestation, il s'agissait de Viro Alexandre, de Désarménien Joseph, connus avant la guerre aux Forges. Je fus l'objet de nombreuses attentions de leur part. La longue file des manifestants traversa le Boucau, se rendit au vélodrome (là où est situé maintenant l'Apollo).

Le ministre de l'armement Albert Thomas socialiste vint au Boucau et négocia un accord avec les militants syndicalistes des Forges ce qui mit fin à la grève. Il y eut des sanctions (après le succés) contre les militants les plus en vue dont Désarménien et Camille Labat qui furent renvoyés sur le front.

A l'expiration de ma permission, je revins à Toulon sur le Croiseur cuirassé "Pothuau" où il y avait beaucoup de têtes nouvelles, une grande partie des rescapés de la dure campagne de près de 3 ans ayant été déclarés momentanément inaptes à l'embarquement en mer, ils étaient dans les dépôts de la marine.

En plein mois de novembre 1917 par une nuit noire et une mer déchaînée, le "Pothuau" reprenait sa place parmi les unités combattantes pavillon haut. Je dois dire que pendant les années 1917-1918 j'ai perçu des camarades du syndicat des Forges le sou du soldat que la CGT octroyait aux jeunes soldats membres du syndicat avant leur incorporation dans l'armée. C'est par les civils (les marins) travaillant à l'arsenal de Toulon que j'ai appris que la Russie était en révolution, la presse française était muette sur ce sujet.

Enfin, le 11 novembre 1918, prenait fin cette guerre interminable qui avait marqué la fin d'une période économique stable et marqué d'avènement d'une longue époque d'instabilité et de guerre.

Le 25 septembre 1919, je quittais le Croiseur "République" sur lequel j'avais été muté au printemps 1919 et je regagnais Tarnos où j'ai retrouvé mes parents frère et soeur dont Camille combattant sur le front terrestre et je reprenais ma place aux Forges de l'Adour..."

à suivre...

Publicité

Publié dans Témoignages

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
D
Bonjour,<br /> Je mène actuellement des recherches généalogiques sur ma famille et recherche tout élément concernant Auguste SAUTIER, Berthe LOUBERE ou leur fille, Anna Eugénie SAUTIER (mon arrière grand-mère). Je sais qu'Auguste travaillait au sein des Forges. Si vous détenez des archives de cette époque (1920), je suis très intéressée. Par avance merci. très cordialement
Répondre