Témoignage de Joseph Oger : histoire du mouvement syndical aux Forges de l'Adour de 1907 à 1920

Publié le par adolphine

"A mon arrivée aux Forges de l'Adour, à l'atelier de Fonderie au mois de février 1907 (j'avais 13 ans), j'ai eu la chance d'être pris en tutelle par un ouvrier mouleur du nom de Coursans Alfred, il jouissait d'une grande autorité, très ouvert, il avait de longues conversations avec Gonzalez Félix, Saint Geours Albert mouleurs, Labarthe Joseph préparateur de sable et d'autres qui venaient de différents chantiers de l'usine, ils discutaient sur de sujets que je ne parvenais pas à comprendre, un jour j'en fis part à Alfred, il le répondit : "Tu es encore trop jeune pour comprendre mais le moment venu je ferai ton éducation syndicale", j'appris qu'il était le secrétaire du syndicat des ouvriers des Forges de l'Adour.

Un jour le contremaître étant absent, Alfred Coursans tint un conciliabule avec Ferdinand Gonzalez, Albert Saint Geours, Joseph Labarthe et un ouvrier que je ne connaissais pas, j'ai su par la suite qu'il s'agissait d'un nommé Perrin, le plus jeune des trois frères travaillant au train laminoir où on fabriquait des rails pour les chemins de fer; là j'entendis pour la première fois parler du Congrès réunissant les syndicats de la CGT tenu à Amiens en 1906 où fut votée la fameuse charte d'Amiens mettant en relief la doctrine syndicaliste, absolument indépendante des partis politiques, ce qui signifiait que le syndicalisme se suffisait à lui-même. Quoique ne comprenant pas très bien le sens de la conversation, j'avais été impressionne par la force de persuasion du nommé Perrin.

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A Boucau, le bureau du Syndicat des Forges de l'Adour était installé dans une pièce de la buvette tenue par la famille Laheranne sise rue Claudius Magnin, elle était contigüe à la buvette Hicaubert; dans la soirée il y avait souvent un membre du Bureau du syndicat qui assurait une permanence pour renseigner sur le mouvement syndical, les incidents qui se produisaient sur les chantiers entre ouvriers et contremaîtres; le samedi soir, ils étaient plusieurs ils préparaient la vente des journaux le dimanche matin : il s'agissait de l'Humanité, la Vie Syndicale, le Libertaire (anarchiste), la Guerre Sociale (de Gustave Hervé).

Ce travail de propagande était connu de tous les ouvriers de l'usine, mais ils n'étaient pas encore prêts pour une adhésion au syndicat.

L'action de cette minorité active des Forges de l'Adour avait des répercussions dans les milieux ouvriers de l'usine à ciments de Saint Gobain, mais surtout dans le milieu des dockers de Tarnos, Boucau, Bayonne.

Il faut arriver en 1911 pour voir un mouvement de grève se déclencher dans la région, ce sont les dockers de Tarnos, Boucau, Bayonne qui lancèrent le mouvement de grève. Elle fit beaucoup de bruit dans la région en raison de la réaction des pouvoirs publics qui farcirent Boucau et Bayonne de troupes fantassins du 49ème régiment d'Infanterie de Bayonne, du 34ème régiment d'Infanterie de Mont de Marsan, la gendarmerie montée, les Dragons stationnés à Libourne, les Hussards stationnés à Tarbes, il y eut des heurs entre militaires et dockers.

Un samedi soir, en sortant de l'usine, nous avons appris que le lendemain les dockers tiendraient un rassemblement à 13 heures à Saint Esprit pour manifester à Bayonne. Le lendemain vers midi, nous sommes partis en groupe avec Joseph Desquerre dont le frère Charles faisait partie du comité de grève, en arrivant à Saint Esprit, nous avons trouvé la place noire de monde, ceinturée par des gendarmes à cheval, une grande partie du pont Saint Esprit occupée par les Dragons à cheval, sabre au clair, s'opposant à la tentative des grévistes de s'engager  sur le pont.

Un civil ceint de l'écharpe tricolore (c'était le commissaire de police de Bayonne) haranguait les dockers pour les dissuader de persister dans la tentative de franchir le pont, ce qui provoquerait des heurts avec l'armée. Là-dessus, le rassemblement se disloqua."

 

à suivre...

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Publié dans Témoignages

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