Article inaugural des Forges de l'Adour
Cet article est paru le 25 mai 1883 dans "Le Courrier de Bayonne"
Un grand évènement qui est l'indice de l'implantation de la grande industrie dans notre pays, a eu lieu, mardi dernier, à 3 heures et demie.
Le premier des quatre hauts fourneaux des Forges de l'Adour au Boucau a été allumé, et de trois ans il ne s'éteindra pas.
Monsieur de Montgolfier, ancien sénateur, et Monsieur Magnin, directeur de l'usine, qui a réalisé ce qui paraît un rêve de couvrir 400 hectares, qui il y a quelques mois, étaient des forêts de pins, de constructions et de créer un établissement métallurgique de premier ordre, présidaient l'opération.
Les bâtiments s'étendent sur plus de 80 hectares; l'usine, elle seule, en occupe 40.
Quelle merveilleuse transformation ! Un village qui a déjà une population de 700 ouvriers est sorti de terre et se groupe autour de ces hautes cheminées au sommet desquelles flottent de noirs panaches de fumée.
La grande industrie a pris possession de notre pays; nous saluons donc avec sympathie, les créateurs des Forges de l'Adour, et les collaborateurs qui les ont aidés à surmonter les difficultés de cette colossale entreprise.
Nous ne pouvons ne pas y associer le nom de Monsieur Huyot, le regretté directeur de la Compagnie du Midi, qui fut le premier à signaler l'importance stratégique, qu'on nous passe le mot, au point de vue industriel du village du Boucau.
L'organisation de ce vaste chantier est terminé; nous allons entrer dans la prériode de production. C'est un élément de prospérité de plus dans notre pays.
En attendant que nos minerais puissent alimenter ces établissements, c'est Bilbao qui les fournira.
Quatre steamers de 72 mètres de long et jaugeant 1600 tonneaux qui portent les noms de Adour, Saint Chamond, Rive de Gier, Le Boucau, et qui ont été construits spécialement à Newcastle pour le compte de MM. A. Dorbigny et Faustud fils, armateurs à La Rochelle, apporteront à la fournaise houille et minerai.
Par une gracieuse attention, les directeurs de l'établissement ont tenu à ce que le feu de la première coulée, qui aura lieu samedi, fut mis au fourneau par une jeune fille de la société bayonnaise qui a accepté avec empressement cette offre flatteuse.
Voilà donc les Forges du Boucau au travail; nous ne doutons pas que, étant connue la haute capacité de ses directeurs, leurs produits n'arrivent à être recherchés sur les marchés européens.
Tous nos concitoyens, par leurs relations d'affaires, s'efforceront d'étendre le rayon de ces marchés; ce sera contribuer à la prospérité d'une région qui semblait jusqu'ici réfractaire aux entreprises insdustrielles.
Neutralité de la presse d'un époque et Hymne au grand patronat ??? A vos stylos !