Quelques militants syndicaux et politiques issus des Forges de l'Adour (suite)...
André Moine (suite)
Pour avoir organisé dès 1934 les secours aux réfugiés espagnols des Asturies rentrés clandestinement en France, André Moine était préparé à un travail de soutien aux républicains espagnols. Il créa très vite des comités d'aide à l'Espagne, organisa la levée de quelque deux cents " volontaires de la liberté " dans les Basses-Pyrénées et fit passer des armes vers Irun. Il participa en vain, en octobre 1936, à la conférence politico-militaire rassemblant les communistes du nord de l'Espagne pour l'unification de la défense.
Antimunichois combatif, André Moine ne se souvient pas avoir ressenti d'hésitation devant l'annonce du Pacte germano-soviétique. Ayant pleinement " confiance dans le pays des Soviets ", il n'y vit qu'une mesure de sauvegarde de la part de l'U.R.S.S., même si les explications soviétiques lui parurent " trop courtes ". Le parti fit autour de lui preuve d'une cohésion d'autant plus grande qu'il était faiblement implanté dans la région.
Arrêté le 29 août 1939 pour propagande communiste, condamné à six mois de prison à Pau, il resta sur la ligne antérieure du parti, ne ressentant pas, en raison de son isolement, le tournant d'octobre 1939. Libéré fin février 1940, il réorganisa régionalement le parti clandestin. En résidence surveillée dès avril, il fut, à partir de juin 1940, transféré de camps en prisons (Ile de Ré, Sablou, Saint-Germain-les-Belles, Chibron, Saint-Sulpice-la-Pointe) avant d'être déporté en Algérie et interné à Djelfa (sud algérien) puis à la redoute de Bossuet (ex. Biribi), en Oranie. Il contribua avec Louis Molinier, Garcias et Garaudy à restaurer l'unité des communistes internés.
Libéré le 1er juin 1943, il travailla dans une fabrique d'allumettes et fut détaché par la délégation du Comité central du P.C.F. auprès du Parti communiste algérien afin de l'aider à se réorganiser. Resté fin 1944 à Alger avec Johanny Berlioz pour expédier les affaires courantes de la délégation, il ne rentra en France qu'en octobre 1946 pour être instructeur du P.C.F..
En mars 1947, sur proposition de Mauvais et Feix, il fut envoyé à Alger où il se maria en 1947 avec Blanche Masson, née en 1903 à Fos-sur-Mer, installée en Algérie en 1939, militante C.G.T. qu'il avait rencontrée en 1943. Pour mieux s'intégrer comme " algérien d'origine européenne ", il travailla sur l'histoire de l'Algérie et de la civilisation arabe, multiplia les conférences et publia en 1950-1951 des articles de fond dans Liberté sur les questions de la nationalité et de la culture algériennes. Responsable du Mouvement de la paix, il contribua à rassembler toutes les composantes du mouvement national algérien pour le congrès de Vienne (Autriche) en 1953. Il participa à la rédaction du communiqué du PCA du 2 novembre 1954 soutenant les " aspirations légitimes du peuple algérien " et incita les militants du PCA à entrer dans la lutte armée dans les Aurès. Semi-clandestin à partir du printemps 1955, il organisa l'imprimerie camouflée de Liberté. Totalement clandestin dès février 1956, il fut arrêté par les parachutistes le 25 juillet 1957, interrogé par la Police Judiciaire, par la D.S.T. et par les militaires, brutalisé mais non torturé comme l'avait été sa femme. Il fut condamné à 5 ans puis à 20 ans de prison et sa femme à 10 ans de travaux forcés. Ils furent libérés en avril 1962.
Chargé de mettre en route le service de documentation du P.C.F., il se vit confier en 1964 un rapport au Bureau politique sur Vatican II et fut engagé dans les rapports avec les milieux chrétiens. Il poursuivit cette réflexion dans le cadre du C.E.R.M. (Centre d'Etudes et de Recherches Marxistes) et devint en 1966 administrateur de l'Institut d'histoire Maurice Thorez.
Retiré au Boucau, il multiplia les entretiens avec de vieux militants, des chrétiens, publia des livres de souvenirs comme des réflexions politiques et philosophiques et collabora aux revues de l'Institut de recherches marxistes. Sa grande liberté de de parole comme sa vivacité intellectuelle en faisaient un témoin apprécié par les historiens.
Lors de son décès survenu à l'automne 1994, le Parti algérien pour la démocratie et le socialisme (héritier du PCA) adressa un message de condoléance.
SOURCES : Archives du Komintern, Moscou, CRCEDHC 495 270 780 : Questionnaire du 31 août 1931, autobiographie signée Boulogne de 1931, demande d'allocation du 31 janvier 1932, questionnaire du 10 avril 1932, appréciations de l'ELI du 20 mai 1932, autobiographie de 1933 -- L'Étincelle, 1933-1939. -- Le Monde, 2 novembre 1994. -- Notes de J. -C. Paul-Dejean. -- Renseignements communiqués par André Moine. -- État civil. Remerciement à JP Cazaux pour le prêt de ses archives.