Quelques militants syndicaux et politiques issus des Forges de l'Adour (suite)...
André Moine
Né le 9 juin 1909 à Izieux (Loire) ; mort le 29 octobre 1994 à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), André Moine grandit dans une famille ouvrière.
Son père clerc de notaire de formation, travailla comme contremaître métallurgiste et fut affecté spécial aux Aciéries de la Marine à Saint-Chamond (Loire) pendant la Première Guerre mondiale. De sensibilité socialiste, il lisait le journal radical le Quotidien.
Sa mère, d'origine luxembourgeoise, d'abord bonne à Paris, travailla comme ouvrière dans une poudrière pendant la guerre puis devint employée de bureau aux Aciéres. Elle stimula le goût d'André Moine pour les études et pour la lecture. Élévé en dehors de toute religion, il découvrit enfant les luttes ouvrières et la répression lors de la grève des Aciéries de 1917. Il voua dès lors une " haine tenace " à la guerre.
Après son Certificat d'études primaires et trois ans d'école professionnelle à Saint-Chamond, il devint ajusteur de précision. Il commença à travailler en 1924-1925 à Berck-Plage (Pas-de-Calais) : c'est là qu'il " acquit ses idées révoltionnaires ".
Entre 1925 et 1927, il travailla dans une entreprise d'outillage de Saint-Étienne tout en étudiant la mécanique et l'électricité. Il adhéra en 1925 à la Jeunesse communiste.
Lié à des ouvriers très qualifiés, d'opinions communistes, il acheta l'Humanité pour la première fois le jour des obsèques d'Anatole France en 1924. Il ne put faire la grève du 12 octobre 1925 contre la guerre du Maroc mais adressa par lettre son adhésion à la Région communiste lyonnaise. Dans ses autobiographies de 1931 et 1933, il affirme avoir adhéré au Parti en 1928. Directement intégré au bureau des Jeunesses Communistes (J.C.), vendeur actif de l'Avant-Garde, il fit début 1926 une école de formation de huit jours et devint délégué de la J.C. au bureau de rayon de Saint-Étienne.
De 1928 à 1931 il fut responsable du " travail anti illégal " pour la région des Pyrénées, diffusa le journal la Caserne, puis le Conscrit, organisa des " Bals de conscrits " et collecta le Sou du soldat. Il fut réformé à Tarbes en 1930 pour mauvaise vue.
En mars 1927, il avait rejoint ses parents au Boucau-Tarnos (Basses-Pyrénées) et avait été embauché comme ajusteur électricien aux Forges de l'Adour où travaillait son père. En 1927 il eut, disait-il dans son autobiographie, des doutes sur les possibilités d'édification du socialisme en U.R.S.S. mais ils furent vite surmontés. À partir de 1927, il participa à toutes les conférences du parti et congrès national de Saint-Denis. Il fut coopté à la direction de la J.C. et au bureau régional du parti qui rayonnait sur trois départements. Secrétaire adjoint du syndicat C.G.T.U., il fut révoqué dès la fin 1927. Embauché dans un petit atelier de mécanique de Bayonne, il devint bientôt secrétaire du syndicat des Métaux et participa au soutien à la grande grève avec occupation des Forges de l'Adour (6 juin-mi-juillet 1930). Il était membre de la CE et du bureau de l'Union régionale unitaire. Membre du SRI et des Amis de l'U.R.S.S., il participa en 1927 à un groupe artistique révolutionnaire à Bayonne. Il participa aussi au travail de propagande parmi les fermiers et métayers des Landes étant " responsable régional du travail paysan.
En 1931, à vingt-deux ans, secrétaire des J.C. des Pyrénées-Landes, membre du Comité central des J.C., membre de la direction régionale communiste, il fut envoyé à Moscou (qu'il avait déjà visité en 1928 avec la délégation des J.C.) pour suivre les cours de l'École léniniste sous le nom de Marcel Boulogne. Il se rallia à la critique de Barbé, Celor et Coutheillas -- équipe de la jeunesse dont il avait été proche -- qu'il retrouva dans ce cadre après la dénonciation du " groupe ". Rentré en décembre 1932, sans travail, il fut tour à tour, cantonnier, manoeuvre du bâtiment et même poseur de lignes électriques en devenant à la fin 1933 secrétaire de la Région communiste des Basses-Pyrénées.
Inculpé le 1er mai 1933, il fut détenu dix jours pour entrave à la liberté du travail. A la conférence nationale du Parti communiste à Ivry en juin 1934, André Moine fit une intervention doctrinaire subordonnant à la dictature du prolétariat la nouvelle politique prônée par Maurice Thorez, politique à laquelle il se rallia vite cependant. Dès août 1934, il signa un pacte d'unité d'action avec la Fédération socialiste des Landes. En 1936, la commission politique du congrès de Villeurbanne lui fit le reproche d'avoir manqué de fermeté en acceptant la candidature à Pau du professeur Verdier, trop porté au compromis avec les socialistes et les radicaux.
à suivre...