Grève aux Forges de l'Adour : mai 1918 (suite)...
Rapport du commissaire spécial de Bayonne le 21 mai 1918 au Sous-préfet de Dax
... J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'hier 20 mai vers 15 heures, Monsieur Magnin directeur des Forges de l'Adour recevait de sa direction de Paris, le télégramme ci-après :
"Magnin - Forgerie - Boucau
Impossible faire concessions autres que celles indiquées. Prenez dispositions pour arrêter complètement usine avec prudence, si nécessaire - signé Laurent"
Vers 18h j'étais avisé que Monsieur Magnin télégraphiait lui-même à Paris : "Accord survenu, travail reprendra demain matin mardi".
Je me trouvais à ce moment au Boucau et j'apprenais de la bouche même d'un membre du comité de grève que ce dernier, actuellement en conférence, venait de décider la reprise du travail et qu'il ne s'agissait plus que de faire ratifier cette décision. Dans ce but, une réunion générale devait avoir lieu vers 18h au vélodrome.
En effet, à 18h30 le comité réunissait les ouvriers dans la cour de l'usine et Désarménien prenant la parole dit : "Camarades, dit-il, l'heure est solennelle, votre comité vient de prendre une décision qu'il vous reste à ratifier. Je compte sur votre calme, comme sur votre inébranlable volonté". Puis il donne rendez-vous à tous au vélodrome. Les ouvriers se formant aussitôt en colonne se dirigent dans le plus grand calme vers le lieu de la réunion.
Au vélodrome, la bannière rouge du syndicat est déployé et le délégué Gaye prend aussitôt la parole :
"Camarades, c'est la victoire que je vous apporte, mandaté par la Fédération des Métaux, je suis venu vous conférer avec les membres de votre comité, et nous avons décidé d'accepter les conditions offertes par vos patrons.
Nous avons la promesse et la parole d'honneur du capitaine fontaine qu'elles seront homologuées par le Ministre de l'Armement pour la région des Basses Pyrénées, des Landes et du Gers.
Si, ajoute-t'il des ordres de route ont été adressés à certains d'entre-vous, mobilisés des jeunes classes, ce n'est point par représailles, c'est une mesure générale prise dans toute la France, hier avant le commencement de la grève.
Camarades, vous avez été sublimes, je vous dis au revoir, lors des luttes finales qui marqueront l'heure de la victoire du prolétariat organisé et de l'émancipation des peuples dans l'internationale ouvrière !"
à suivre...