Un meurtre dans le quartier des Forges...
Dans la rubrique "Faits-divers", Le Courrier de Bayonne fait état d'un crime perpétré dans un bar à proximité de l'usine des Forges ...
Article du vendredi 17 août 1888.
Il était environ 10h du soir mardi dernier, lorsque le bruit commençait de se répandre au Boucau, par toute la cité ouvrière qu'un crime venait de se commettre.
Derrière les bureaux des Forges de l'Adour, et à gauche en se dirigeant vers le quai des appontements, il est une petite taverne d'aspect louche, absolument isolée, que tient un espagnol, du nom d'Olhair Gaetano âgé de 45 ans.
Depuis longtemps il est occupé sur les quais au déchargement des poteaux de mines, marié, père de famille, il a trouvé un moyen d'occuper ses heures de loisir et celles de sa femme à la gérance d'une cantine dont il est propriétaire où il offre à ses compatriotes, très nombreux depuis la création de l'usine, non seulement le couvert, mais aussi le gîte.
Le 20 juillet dernier, Gaetano inscrivait sur ses registres au double titre de pensionnaire et de locataire un jeune navarrais André Pitta, âgé de 26 ans. Huit jours après, la buvete espagnole recevait encore comme locataires deux ouvriers du port, toujours espagnols, ayant l'un et l'autre comme Pitta, 26 ans, Manuel Garcia et Laurent Vertut.
Pitta se lia vite d'amitié avec ses deux compatriotes qu'on le vit fréquenter assidûment.
Dans la soirée de mardi, son repas achevé, il prenait place en leur compagnie à une table de la taverne et le trio commençait aussitôt une partie de cartes.
Que se passa t'il entre les joueurs ? Vers 11h du soir, un ouvrier de l'usine venant chercher du vin à la buvette entra tout effaré et prévint Gaetano que dans l'ombre, près de la route, il avait heurté du pied un corps d'homme.
"C'est sans doute un ivrogne qui cuve son vin" répondit trsè indifféremment l'aubergiste.
Pourtant il consentit à se déranger lorsqu'un deuxième client vint l'informer à son tour qu'un homme gisait dans la cour de l'établissement sans connaissance.
Accompagné de quelques uns de ses pensionnaires Gaetano sortit. Pitta était étendu sur le sol déjà froid et rigide.
Le crime ayant été commis à 100 mètres du territoire des Basses Pyrénées, sur le territoire de la commune de Tarnos, ceux-ci durent téléphoner non pas à Bayonne, mais à Dax.
On comprend quels inconvénients graves présentent au point de vue de la poursuite des meurtriers ces formalités judiciaires.
Ne serait-il pas urgent en prévision de cas semblables, d'annexer au Boucau toute la partie Est de l'usine qui appartient aux Landes, de telle sorte qu'à la première alerte la gendarmerie de Bayonne puisse être sur pied et intervenir à temps ?
Gaetano a été arrêté et conduit à la maison d'arrêt de Dax.