Quand la presse évoque la fermeture des Forges et la reconversion (suite)...
"Au nord de Tarnos, sur d'anciens terrains de l'usine, depuis une dizaine d'années on a construit une cinquantaine de maisons, un quartier neuf, "L'Océan".
Les maisons sont plus belles les unes que les autres, encore toutes fraîches. L'usine est loin, cachée par les pins. On peut aller nager, chasser, pêcher, travailler au jardin et, si l'on est patient, regarder les pois qui poussent.
A l'entrée de l'hiver, on tue le cochon, et c'est comme cela que l'on vit. Depuis quelques années, on a dressé des antennes de télévision, on s'est acheté une voiture, petite, vieille. Mais c'est pour le dimanche, pour faire un tour sur la côte et revenir.
La maison, on l'a acheté à crédit, sur un terrain presque donné par l'usine. Pour qu'elle soit plus belle, on l'a faite de ses mains avec les compagnons. Et le ciel est devenu stable...
Tout d'un coup, tout claque, tout s'arrête en suspens.
Qu'allons nous devenir ? Nous sommes des centaines à avoir acheté des maisons. C'est une richesse d'avoir des hommes qui travaillent sur place. Pas de problèmes de main-d'oeuvre, une richesse qui devient gênante.
La femme chuchote, accoudée à sa grille, dans le jardin l'homme pioche, il ne veut rien regarder.
Ils sont venus couper les pins. Il y a des étrangers qui "géomètrent", l'usine vend ses terrains. On nous a fait venir au bureau : "En 65, il vous restera encore telle dette", feront-ils des arrangements ?
Que voulez-vous, avec des temps comme ceux-là, les hommes n'ont plus d'appétit à l'ouvrage, on veut nous déporter dans le nord. On n'ira pas aux Dunes, dans un pays où il y a dix mois d'hiver par an. Ils veulent faire une ville d'eaux ici. Que vont faire ceux qui ont plus de quarante ans ? Les patrons n'embauchent plus à cet âge, et pour manger il faut travailler... C'est pas pensable.
Rue de La Rochefoucauld, les problèmes du Boucau deviennent comme des bulles éthérées qui montent sans éclater (illisible) les bureaux tranquilles, il est certain que l'on est à plus de sept cents kilomètres de l'Adour. Le calme n'est qu'en apparence.
On dit : qu'ils aillent à Dunkerque, quoique l'Etat fasse, donne, et derrière certainement, on retrouve toujours des (illisible)...
Il est exact que Le Boucau n'est pas un très grand problème, mais qu'est ce que c'est, un grand problème ? On sait ce que c'est, une grande catastrophe, mais une grande réussite, ou une réussite simple, qu'est ce que c'est ?
Eh bien quand on est acculé à l'incompréhensible, on arrive à dire qu'une réussite, c'est ce qui donne du travail, parce que c'est lui l'unique source de vie, l'unique richesse humaine."
à suivre...