Quand la presse évoque la fermeture des Forges et la reconversion (suite)...
"LA DIGUE... LE PORT
Sous les fenêtres de la chambre de commerce de Bayonne, coule la Nive, plus loin, du côté du théâtre, on devine les quais de l'Adour. Le fleuve est plein, gris, limoneux. Dans le ciel, on voit des grandes grues becqueteuses, affairées entre les mâts des navires.
"Je suis président de la Chambre de Commerce. A mon point de vue, je peux dire que l'on pouvait sauver les Forges. Moi-même je dirige une usine qui fait aussi de l'acier, à quelques kilomètres d'ici, et elle marche très bien.
L'usine de l'Adour fournit de l'acier ordinaire de qualité, qui est fabriqué dans le monde entier. Elle est forcée d'acheter son charbon à un prix imposé et elle est tributaire des transports. Sur ce genre d'acier, les bénéfices sont si minimes que, si le charbon augmente de très peu, l'affaire n'est plus rentable. C'est le cas du Boucau.
Moi, je fais des aciers spéciaux qui valent de 3 à 500 francs le kilo; les prix du charbon ou du transport n'apparaissent plus dans ce genre de fabrication, vous comprenez ?
Je n'ai pas à connaître les raisons qui poussent la société à fermer. C'est son droit. Mais à nous ça pose des problèmes.
A la fin du mois, nous allons entreprendre la construction de la digue nord du port de Bayonne-Le Boucau. En 65, la digue sera finie, mais les Forges s'arrêteront.
Les Forges représentent un quart du tonnage du port de Bayonne. La digue reste rentable sans les Forges, Bayonne étant le premier port européen du soufre et il va devenir le premier port du maïs. Mais il y a là quand même une perte qui est troublante.
Sans aucun doute d'autres usines viendront, mais elles n'auront pas besoin d'installations portuaires, et tout ce qui est sur place ne servira plus à rien. Il n'y a pas de travail dans le département, et nous avons l'impression d'être défavorisés.
L'avenir est brillant, il ne faut pas que le doute s'installe. Le climat peut se dégradé rapidement, l'absurdité n'est jamais viable très longtemps. Nous avons tous compté sur le gaz de Lacq, ça a été une illusion.
Personnellement, je suis parmi les quatre privilégiés du département. Pour les autres, c'est un non-sens. Le gaz est vendu aussi cher que dans le Nord. Regardez, Le Boucau vendait son gaz à Bayonne, Lacq est arrivé, on a coupé le gaz du Boucau, ça a été une perte pour l'usine, pas énorme.
Quand on veut absolument forcer les situations, on arrive à l'absurde. Techniquement, une chose apparaît vraie, humainement elle devient fausse."
à suivre...