Quand la presse évoque la fermeture des Forges et la reconversion (suite)...

Publié le par adolphine

" Les Forges de l'Adour emploient dix sept cents personnes, plus treize cents qui travaillent indirectement pour elles. Ces trois mille personnes font vivre plus de quinze mille individus. Du travail dans le département il n'y en a pas.

On a reproché à la municipalité d'être communiste, mais c'est pas ça qui fait arrêter l'usine, ça va secouer tout le département. A Paris, trois mille ouvriers sans travail, ce n'est pas grave, on reclasse à côté. Ici, ça sera la ruine du pays. 

Les commerçants viennent nous voir : "Et alors ?... Qu'est ce qu'on va devenir ? Et les impôts ?" Je leur dis : "Si les gens s'en vont, les impôts vont augmenter, parce qu'il ne restera plus que vous pour les payer" On dit : "Ce sont les communistes".

En 30, ils ont fait une grève de cinquante trois jours, il y avait le couvre-feu et huit cents gendarmes. Aujourd'hui, il y a un comité de défense des Forges de l'Adour. Et qui alimente la caisse de ce comité ? Aux frais de qui les délégations vont à Paris, poussées par qui ? Par les gros commerçants de Bayonne, ceux qu'on dit être de droite. Voyez, il faut que ce soit un grand drame.

L'usine vivait de nous, mais nous vivions aussi d'elle. Elle était le premier client de la commune. Il y a beaucoup d'entreprises régionales qui ne se rendent pas encore compte. Sur la Nive et sur l'Adour, il y a des entreprises de vingt à trente personnes, carrières, scieries qui vont être obligées de fermer.

"Il y a des gens qui viennent voir les terrains sur place. Mais ils disent : C'est trop loin, ils vous disent ça comme si nous n'étions plus en France. Je me suis renseigné : trop loin, ça veut dire que si l'Etat vous fait des avantages pour vous décentraliser, vous donne le terrain, vous enlève les impôts, vous voulez bien vous décentraliser : à condition que le directeur puisse aller et revenir de Paris à l'usine dans la même journée. 

A ce prix-là je comprends, nous sommes très loin"

Je ne sais plus depuis combien de temps je suis curé du Boucau. Comme les Forges je fais partie du paysage. Ils disent : "Ce n'est pas pensable" et puis n'y pensent plus, mais ils agissent comme des enfants parce qu'on va fermer l'usine.

Quand ça va trop mal, ils prennent leur moto et vont au cinéma. Il n'y a pas si longtemps ils criaient ferme, les femmes ont dit : "Pas si fort ! Les pouvoirs s'occupent de nous, la politique, en sourdine, mettez-la dans un tiroir" On dit qu'ils sont communistes mais ils font baptiser leurs enfants, les envoient au catéchisme ... (illisible)...

"Un fonctionnaire, c'est prévu dans sa vie qu'il se déplace, un gendrame, un instituteur, ça va ça vient. Un ouvrier, quand il entre dans une usine à dix-sept ans, il est en droit de se dire que c'est là qu'il va faire sa vie, aussi ils prennent très mal l'idée qu'on puisse les envoyer ailleurs. Et humainement, ils ont raison".


                                                                               à suivre...

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Publié dans Histoire

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