Quand la presse évoque la fermeture des Forges et la reconversion (suite)...

Publié le par adolphine

" On ne comprend pas, mais nous sentons que l'usine se meurt. On entretient à peine, une pièce casse, si on peut amortir son prix en trois ans, ça va, sinon on la laisse cassée.

Demain, on va licencier par petits paquets. Des bruits courent : on dit qu'on va liquider
 des chantiers, deux cents ouvriers, puis deux cents autres.

Le ministre a proposé de l'argent, pour que les Forges continuent. Mais il demandait que la société garantisse que les Forges ne poseraient plus de problèmes, au moins pendant quinze ans; ça n'a pas marché. Le problème, il est social et il nous dépasse. A bout d'arguments, nous n'avons demandé que deux choses : qu'on nous garantisse le plein travail jusqu'en 65, à tout le monde, et qu'en 65 nous trouvions, tous, un nouveau travail. On n'a dit ni oui ni non, mais tout ce qui serait possible serait fait.

De nouveau, ils parlent tous à la fois; il fait chaud, ils ont déboutonné leur veste et leurs têtes émergent dans la fumée.

Moi, ça fait trente ans que je suis ici. Chacun a fait des efforts, s'est perfectionné, s'il vient une nouvelle usine ici, ils considèreront pas ça. Nous sommes des forgerons, que veut on que l'on fasse ? Qu'on aille travailler sur les quais ? Savez-vous combien il y a eu de journées de travail sur les quais ce mois-ci ? Huit jours. C'est vrai, des gens sont venus et ont dit : "Le Boucau ? Condamné. A effacer !"

Le Boucau est un riant village, en bordure de l'Adour. Après la route nationale, il s'élève en collines, et dans le ciel limpide tremble la masse compacte des Pyrénées. Ecoles, crèches, oeuvres sociales, cours supérieurs, Le Boucau est un gros village. Plus de cinq mille habitants. A côté, le village de Tarnos est aussi important. Et tout cela peut s'arrêter, disparaître, un autre jour quelconque de plein soleil.


PLUS EN FRANCE ?

Bien sûr, ils peuvent fermer, ça sera la misère. (Le maire du Boucau croise les mains sur son buvard; c'est un homme âgé avec quelque chose de doux et de rusé dans le regard.) A la reconversion, à l'installation d'usines nouvelles... j'y croirai quand je verrai des (illisible) que danseront les truelles (illisible) usine d'engrais du Boucau. Trois cent ouvriers dans la rue. Beaucoup ont été reprsi par les Forges. On a rasé l'usine, il n'y a encore rien de reconstruit. Vous voulez me faire croire qu'avant 65, avant que les Forges s'arrêtent, on cosntruira de nouvelles usines pendant que le terrain de Saint Gobain restera vide ? Je dis pas qu'on va laisser tomber les ouvriers, à la dernière seconde, on grapillera quelque chose comme à Decazeville..."


                                                                          à suivre...

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Publié dans Histoire

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