Quand la presse évoque la fermeture des Forges et la reconversion (suite)...

Publié le par adolphine

" DE QUOI RIRE !

Ils auraient pu... ils auraient dû... Pu,dû... Les voix des délégués syndicaux prennent du volume. Les bras se tendent, les doigts pointent. L'on parle et c'est toujours la même histoire que l'on raconte, chacun exprime l'inquiétude à sa façon. On s'arrête de parler, mais a-t-on tout expliqué ? A-t-on fait comprendre que l'on est dans le désarroi ?

Sur le Boucau, la nuit tombe. Avec l'obscurité, la longue rue, bordée de cafés, prend l'aspect d'une ville du Nord, grelottant dans la nuit. Au bout de la rue, c'est l'entrée des Forges, par instants le ciel rougeoie et l'on voit des ouvriers emmitouflés filant sur leur vélomoteur. Dans trois ans la rue sera déserte; sera ou ne sera pas.

Un des délégués aplatit une liasse de feuilles avec son poing, s'éclaircit la voix : 

- Ce soir on a réuni tout le monde, tous les délégués syndicaux. C'est un drame pour nous et l'on ne voit rien s'arranger. Ni la société ni le gouvernement ne veulent prendre le moindre engagement. Ils parlent, des mots et des mots. Nous avons vu le ministre. Il a été très gentil. Il a dit : "Le Boucau est le problème numéro un" ça n'a pas empêché qu'ils ont  décidé de fermer l'usine. Aujourd'hui, nous en sommes tous sûrs : en janvier 65 on éteindra les feux. La société a présenté un bilan déficitaire. Le prix du charbon est trop cher, ils devraient l'acheter au prix international; l'usine est trop éloignée, elle est petite, pas moderne, la concurrence est trop forte. Voilà ce qu'on dit. C'est un anachronisme sidérurgique.

Des spécialistes sont venus. Notre usine les fait rigoler, ils l'appellent : le microcosme de l'Adour. Ils disent : Comment ? Le Boucau existe encore ? On croyait qu'on l'avait fermé en 1905. Ils ont honte, ce n'est plus à la mode une usine comme la nôtre. Une usine doit être dix fois plus grande, et plus sur l'Adour, mais à Dunkerque... Quant à vous... vous...

Comme c'est notre vie je vais vous expliquer ce que nous avons fait dans cette usine. En dix ans, nous avons augmenté le rendement de 40%. Nous avons eu le premier four électrique, et des chantiers pilotes. Nos apprentis sont parmi les meilleurs de France. Tous les ingénieurs qui passent chez nous sont surpris par notre façon de travailler.

Depuis deux ans l'usine est déficitaire...(...passage illisible...) a gagné de l'argent. Avec cet argent on a construit des forges ultramodernes, sur la Loire. Ici on a fait quelques petites modifications, de quoi faire rigoler de nous. Mais Le Boucau , c'est comme Dunkerque, un port pour l'arrivée du charbon et du minerai. Les spécialistes ont dit : tout doit être dans le Nord. Le Sud de la France, bien, on en fera un désert. Les spécialistes oublient dans leur programme que les usines sont faites pour les hommes et pas les hommes pour les usines. Ce que l'on nous fait vivre aujourd'hui au Boucau, rien n'empêchera qu'on le refasse vivre aux gens de Dunkerque ou sur la Loire. Les raisonnements peuvent arrêter même des usines cent fois plus grandes..."



                                                                                                              à suivre...

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Publié dans Histoire

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