Quand la presse évoque la fermeture des Forges et la reconversion...
Voici un article de journal paru en 1962...
Le drame des reconversions...
Ces forges vont fermer
et des hommes s'interrogent :
"Que va-t-on faire de nous ?"
un reportage de Pierre Fisson
"On le sait : notre économie doit répondre aux lois de la modernisation technique comme à la concurrence des nations au sein même de la communauté européenne. D'une production ainsi facilitée devrait naître un jour une abondance dont les plus pauvres profiteraient.
Mais la reconversion de l'agriculture et de l'industrie, à l'échelle régionale et quotidienne, s'accompagne, hélas ! de drames humains, nous avons connu celui des mineurs de decazeville, c'est l'agonie des Forges de l'Adour que Pierre Fisson évoque aujourd'hui.
Bayonne - mars 62
Je suis né ici, j'ai toujours travaillé aux Forges et jje vais continuer.
L'homme donna un coup de bêche. Le jardin est tout petit avec, au fond, une maisonnette en laitier. Les fèves sont déjà hautes. L'homme regarde la terre qu'il retourne, le ciel humide, tendre et la mer, contre le mur dort un chien roux, près de lui, sur un banc, un enfant mange un gâteau.
Derrière une fenêtre, une femme surveille, essayant de deviner ce que peut dire l'homme.
Dire ? Il n'y a plus ren à dire. Pour lui le temps s'est arrêté, et il est là à sentir le simple plaisir de la vie; la lame d'acier qui coupe la terre fragile, la lumière éblouissante dorant sa maison.
Tout cet acquis, cette vie tranquille qui chemine, c'est fini... tout est remis en cause, il va tout perdre.
Les Forges de l'Adour vont s'éteindre. L'usine est condamnée, elle va mourir de vieillesse. Depuis quatre-vingts ans ses fourneaux crachent dans le ciel. Ses jours sont comptés, elle halète. Une usine cela meurt timidement comme un oiseau cachant son bec sous son aile.
L'homme s'est remis à bêcher. Il ne veut pas croire que demain, à une date précise, le 1er janvier 1965, lui, avec dix-sept cents autres, il n'aura plus nulle part où aller, plus d'équipe à tenir.
Ce n'est pas pensable... Voilà ce qu'on chuchote dans les magasins, dans les réunions. Voilà ce qu'on se dit à table ou au lit.
Ce n'est plus possible, Le Boucau, Tarnos, deux villages entiers vont s'arrêter de vivre parce qu'il n'y a plus de travail. Du travail, c'est drôle comme d'un coup cela peut devenir précieux. Les Forges, c'était plus que du travail, c'était de la sécurité. Alors on se demande : et nous, qu'est-ce qu'on va devenir ? "Mon père, mon grand-père y ont travaillé, où vais-je aller, pour quoi faire ?"
Le long de l'Adour, quatre kilomètres plus bas, à Bayonne, l'on parle de la même chose. Dans la ville toute neuve, dans ses artères, ses immeubles modernes, lentement s'installe la même inquiétude. Pour le commerce de Bayonne, les Forges représentent plus de trois milliards de salaires, beaucoup d'argent pour faire vivre la ville."
à suivre...