Conférence sur les mouvements sociaux aux Forges de l'Adour de 1897 à 1936 (suite et fin) ...
Cette grève est l’aboutissement de l’agitation sociale qui règne dans l’usine depuis 1925.
Revendication des ouvriers :
Les ouvriers demandent une augmentation générale de 4,2 francs par jour pour tous, les congés payés, l’application de la loi des 8 heures, et la création de délégués à la sécurité.
Déclenchement du conflit :
Le 6 juin 1930 à 14h30 sur un coup de sifflet d’un responsable syndical tous les ouvriers quittent leurs postes. La centrale électrique est coupée. On empêche le personnel de maîtrise d’assurer la protection du matériel. C’est ainsi que du métal en fusion refroidit dans les creusets, les souffleries cessent de fonctionner condamnant les tuyères des hauts-fourneaux à être inutilisables par la suite.
C’est un sabotage de la part des ouvriers, avec occupation, car non seulement les 600 ouvriers se trouvant dans l’usine ne la quittent pas, mais ils se précipitent dans les points stratégiques. La ligne téléphonique Boucau Bayonne est coupée.
Les grévistes vont occuper l’usine pendant 16 heures.
Aussitôt 200 gendarmes arrivent sur les lieux. L’assaut est donné le 7 juin par les gardes républicains.
La municipalité de Boucau suspend ses fêtes locales.
Jusqu’au 10 juillet les 2 communes vivront dans une véritable fièvre. Les ouvriers de l’époque ont vraiment cru à une grève révolutionnaire.
Les différentes phases de la grève :
Du 7 au 11 juin : L’unanimité des ouvriers est totale dans la grève. De violentes bagarres éclatent dans les rues entre grévistes et gardes mobiles à cheval. Le 9 juin 4 grévistes sont arrêtés, leurs camarades veulent les libérer, il s’en suit une violente échauffourée, des manifestants sont piétinés par des chevaux. Une ligne Haute Tension de 40000 volts a été coupée. La direction fait placarder un avis signifiant aux 1700 ouvriers qu’ils sont tous licenciés.
Du 12 au 25 juin : Dans la nuit du 14 juin des coups de révolver sont tirés contre la maison d’un contremaître des Forges. A la suite du meeting animé par Pierre Sémard (secrétaire général de la CGTU) la poursuite de la grève est décidée.
Les deux villes ont l’air assiégées, la plupart des boutiques sont fermées. Nuit et jour des patrouilles de garde mobile circulent. Dès le 12 juin le maire de Boucau Maurice Perse est suspendu pour un mois. Le 18 juin il est condamné avec son adjoint pour avoir empêché 3 jaunes d’aller au travail. Comme il n’est pas présent à l’audience, il est condamné à 1 an de prison et 2 ans d’interdiction de séjour. Les services d’ordre se montent à 540 gardes mobiles. Aucun élément de discussion n’est intervenu dans le conflit avant le 25 juin.
Du 25 juin au 10 juillet : Après 3 semaines de grève la misère se fait sentir dans les foyers ouvriers. Le 25 juin c’est la révocation du maire de Tarnos Jean Bébé.
Perquisitions et interpellations se multiplient dans les familles de grévistes. Le 4 juillet une réunion du Comité de grève décide que les ouvriers pourront se faire réinscrire en vue d’une reprise. Le 10 juillet la CGTU déclare que la grève est terminée
Bilan de la grève
40 jours de grève pendant lesquels les salaires ne sont pas rentrés,
12 militants ont été arrêtés et inculpés.
Aucune revendication des ouvriers n’est satisfaite.
Plus de 150 ouvriers sont congédiés.
Conclusion
Au cours de la période étudiée les grèves des ouvriers des Forges de l’Adour paraissent se solder à chaque fois par un échec pour les travailleurs.
Et pourtant l’impression générale que l’on retire de cette étude n’est nullement celle d’une défaite. Les militants ne se sont pas laissé impressionné par leurs échecs momentanés, et le syndicat a toujours su canaliser la combativité de la base.
Mais ils ont appris une chose essentielle dont ils se serviront par la suite : la solidarité